24 octobre 2026 · Marco Garcia Gonneau
Parents, savez-vous vraiment à qui vous confiez vos enfants ?
Un professeur d’arts martiaux ne transmet pas seulement des techniques de combat, il transmet aussi des valeurs et une vision de la société. Après plus de 30 ans d’enseignement, Marco Garcia Gonneau interpelle les parents sur l’importance de choisir des éducateurs qualifiés, compétents et moralement responsables. Entre faux experts, risques d’endoctrinement et manque de soutien aux clubs sérieux, il rappelle que la véritable réussite d’un professeur ne se mesure pas uniquement à ses titres, mais aussi aux jeunes qu’il a contribué à former. Découvrez son article et son appel à la vigilance.

PARENTS, SAVEZ-VOUS VRAIMENT À QUI VOUS CONFIEZ VOS ENFANTS ?
Arts martiaux et sports de combat : au-delà des techniques, une question d’éducation, de moralité et de responsabilité.
Depuis plus de 30 ans, j’alerte sur l’importance d’un encadrement sérieux des arts martiaux et des sports de combat.
Aujourd’hui, je souhaite m’adresser directement aux parents, mais également aux responsables sportifs, aux communes, aux élus et aux autorités.
Lorsque vous inscrivez votre enfant dans un club d’arts martiaux, vous ne lui offrez pas simplement une activité sportive.
Vous le confiez à une personne qui peut devenir un modèle, un éducateur, un confident et parfois même une référence importante dans sa construction personnelle.
Mais connaissez-vous réellement la personne à qui vous confiez votre enfant ?
Cette question mérite d’être posée.
Un diplôme, une ceinture noire ou un titre de champion ne suffisent pas
Dans le monde des arts martiaux, les grades, les diplômes et les titres sportifs occupent une place importante.
Ils témoignent parfois de nombreuses années de travail, d’expérience et d’investissement personnel.
Mais ils ne garantissent pas à eux seuls les qualités humaines et pédagogiques d’un enseignant.
Un excellent combattant n’est pas automatiquement un excellent professeur.
Un champion du monde n’est pas nécessairement un bon éducateur.
Et une personne capable d’exécuter des techniques spectaculaires n’est pas forcément capable de les transmettre correctement à un enfant.
Nous rencontrons malheureusement également des personnes qui s’improvisent experts, inventent des parcours ou enseignent des techniques irréalistes.
Dans notre milieu, on parle parfois avec humour de « mythojutsu », pour désigner ces pratiques où les démonstrations spectaculaires prennent le dessus sur l’efficacité réelle.
Cela pourrait prêter à sourire, mais les conséquences peuvent être graves.
Un élève qui croit maîtriser une technique inefficace peut développer un faux sentiment de sécurité et se retrouver en danger lors d’une véritable agression.
Mais il existe un problème encore plus préoccupant.
Un professeur peut posséder d’excellentes compétences techniques et transmettre une idéologie dangereuse.
Le professeur possède-t-il les qualités humaines nécessaires ?
C’est une question fondamentale que les parents devraient se poser.
Quel est son parcours personnel et professionnel ?
Depuis combien d’années enseigne-t-il ?
Possède-t-il une véritable formation pédagogique ?
Est-il qualifié pour encadrer des enfants et des adolescents ?
Est-il père ou mère de famille ? Quelle place accorde-t-il à l’éducation et à la transmission des valeurs ?
Bien entendu, être parent ne garantit pas d’être un bon éducateur, et ne pas avoir d’enfants n’empêche absolument pas d’être un excellent professeur.
Mais il est légitime de s’intéresser à l’expérience humaine et aux valeurs de la personne qui accompagne nos enfants.
Comment se comporte-t-elle avec ses élèves ?
Quelle est sa manière de les corriger, de les encourager et de gérer leurs difficultés ?
Respecte-t-elle les différences, les origines, les croyances et les parcours individuels ?
Un professeur d’arts martiaux exerce une influence importante sur les jeunes qui lui font confiance.
Cette influence doit servir à construire des individus responsables, jamais à les manipuler ou à leur imposer une idéologie.
Après 10, 20 ou 30 ans d’enseignement, que sont devenus ses élèves ?
Voilà une question qui me semble essentielle et que nous posons malheureusement trop rarement.
Nous parlons beaucoup du palmarès personnel des professeurs.
Mais qu’ont-ils réellement construit au fil des années ?
Qu’ont-ils transmis ? Qui ont-ils formé ? Quel héritage humain et sportif laissent-ils derrière eux ?
Ont-ils formé des champions suisses, européens ou mondiaux ?
Ont-ils accompagné des combattants jusqu’au niveau professionnel ?
Certains de leurs anciens élèves sont-ils aujourd’hui policiers, militaires, pompiers, éducateurs, enseignants ou professionnels de la sécurité ?
Ont-ils formé des jeunes qui sont devenus eux-mêmes professeurs ou entraîneurs ?
Ont-ils aidé des adolescents en difficulté à retrouver confiance, discipline et stabilité ?
Ont-ils accompagné des jeunes dans leur formation professionnelle, leurs études ou leur insertion dans la société ?
Et surtout, que disent aujourd’hui leurs anciens élèves de l’enseignement qu’ils ont reçu ?
Gardent-ils le souvenir d’un professeur respectueux, juste, exigeant et exemplaire ?
Attention, je ne prétends pas qu’un enseignant soit responsable de toutes les réussites ou de tous les échecs de ses anciens élèves.
Chacun construit son propre parcours.
Mais après plusieurs décennies d’enseignement, les témoignages des élèves, leur évolution et les relations humaines construites au fil du temps peuvent constituer de précieux indicateurs.
Car la réussite d’un professeur ne se mesure pas uniquement aux médailles remportées.
Un jeune devenu un adulte responsable, un parent investi, un professionnel honnête ou simplement une personne équilibrée représente également une immense réussite pédagogique.
Un véritable professeur ne devrait pas seulement pouvoir montrer ce qu’il a gagné. Il devrait aussi pouvoir expliquer ce qu’il a transmis.
L’Allemagne alerte sur des groupes extrémistes qui recrutent par les sports de combat
Les informations concernant le développement des « Active Clubs » en Allemagne doivent nous interpeller.
Ces groupes liés à l’extrême droite utilisent notamment les activités physiques et les sports de combat pour attirer de jeunes hommes et favoriser leur recrutement idéologique.
Ce phénomène montre à quel point des activités normalement associées à la discipline, à l’effort et au dépassement de soi peuvent être détournées.
Un jeune peut rejoindre un groupe parce qu’il souhaite devenir plus fort, apprendre à se défendre, développer sa confiance ou simplement trouver des amis.
Mais lorsque l’encadrement est assuré par des personnes animées par la haine ou par une idéologie extrémiste, cette confiance peut être exploitée.
Le problème n’est pas l’art martial. Le problème est ce que certaines personnes cherchent à en faire.
Les arts martiaux ne doivent jamais devenir un outil de manipulation, de radicalisation ou d’endoctrinement.
Ils doivent au contraire permettre aux jeunes de développer leur esprit critique, leur maîtrise de soi et leur respect d’autrui.
Apprendre à combattre ne signifie pas apprendre à devenir violent
C’est une distinction fondamentale.
Un véritable professeur enseigne à maîtriser sa force, à respecter des règles, à gérer la peur, à contrôler ses émotions et à accepter la défaite.
Il apprend également que la meilleure confrontation est souvent celle que l’on parvient à éviter.
Dans l’apprentissage de la self-défense, savoir frapper ou neutraliser un adversaire ne suffit pas.
Il faut également comprendre la prévention, la distance, le discernement, la désescalade et la proportionnalité.
Dans mon enseignement, je rappelle régulièrement l’importance de la maîtrise technique, mais aussi de la responsabilité qui accompagne chaque geste.
La véritable force ne consiste pas à pouvoir faire mal à quelqu’un. Elle consiste aussi à être capable de se maîtriser lorsqu’on en a les moyens.
Cette philosophie doit rester au cœur de l’enseignement des arts martiaux et des sports de combat.
Parents, intéressez-vous réellement au fonctionnement du club
Avant d’inscrire votre enfant, prenez le temps de rencontrer le professeur et de découvrir son établissement.
Renseignez-vous sur ses qualifications, ses expériences et ses méthodes pédagogiques.
Demandez comment les entraînements sont organisés, comment les jeunes sont encadrés et quelles mesures garantissent leur sécurité.
Un club sérieux doit pouvoir présenter clairement ses valeurs, ses règles et ses objectifs.
Il doit également disposer d’un cadre de protection des mineurs, prévenir les comportements abusifs et permettre aux familles de signaler leurs préoccupations.
Un enfant ne doit jamais être humilié ou exposé volontairement à des risques injustifiés sous prétexte de lui apprendre à devenir fort.
La discipline n’est pas l’humiliation. L’autorité n’est pas l’intimidation. Et le respect ne s’obtient pas par la peur.
La transparence, le dialogue et la confiance doivent faire partie intégrante de la relation entre le club et les familles.
Ne choisissez pas un établissement uniquement en fonction de ses tarifs, de ses médailles ou de sa popularité sur les réseaux sociaux.
Choisissez aussi les valeurs que vous souhaitez voir transmises à votre enfant.
Depuis plus de 30 ans, je demande aux autorités de soutenir les clubs sérieux
Cette problématique rejoint un combat que je mène depuis plus de trois décennies.
Depuis des années, j’essaie de sensibiliser les communes, les élus et les autorités à l’importance de soutenir financièrement les associations sportives qui accomplissent un véritable travail éducatif.
On demande aux clubs de contribuer à l’éducation de notre jeunesse, de prévenir la violence, de favoriser l’intégration et de transmettre des valeurs positives.
On demande aux professeurs d’obtenir des diplômes, de suivre des formations et d’assurer un encadrement professionnel.
Mais lorsqu’il s’agit de financer les infrastructures, le matériel, les formations, les déplacements ou la participation des jeunes aux compétitions officielles, les aides restent bien trop souvent insuffisantes.
De nombreux responsables associatifs investissent leur temps, leur énergie et parfois leurs économies personnelles pour maintenir leurs structures en activité.
Pendant ce temps, certaines organisations extrémistes cherchent à exploiter les sports de combat pour attirer une jeunesse en quête de repères.
Je ne prétends pas que le manque de financement des clubs explique à lui seul ces dérives.
Mais je suis convaincu que soutenir les associations éducatives sérieuses contribue à offrir aux jeunes des environnements structurés, positifs et protecteurs.
Aider financièrement un club sportif sérieux n’est pas une dépense inutile. C’est un investissement dans la jeunesse, dans la prévention et dans la sécurité de demain.
Il ne suffit pas de condamner la violence lorsqu’elle apparaît.
Il faut aussi soutenir celles et ceux qui travaillent quotidiennement pour la prévenir.
Notre engagement à la World BRICPOL Sport Academy
À travers la World BRICPOL Sport Academy, nous défendons une vision des arts martiaux et des sports de combat qui va bien au-delà de la compétition.
Notre ambition est de construire un véritable lieu de formation, d’éducation et de transmission des connaissances.
Notre projet de nouveau centre à Saxon, d’une superficie de 510 m², s’inscrit pleinement dans cette philosophie.
Nous souhaitons réunir dans un même établissement l’enseignement des arts martiaux, des sports de combat, de la self-défense et des formations adaptées aux professionnels de la sécurité publique et privée ainsi qu’aux forces de l’ordre.
Mais notre priorité reste également la jeunesse.
Nous souhaitons former des champions, bien entendu, accompagner nos compétiteurs vers les titres nationaux et internationaux et permettre aux plus ambitieux d’envisager un parcours professionnel.
Mais nous voulons surtout contribuer à former des jeunes responsables, autonomes et respectueux.
Notre enseignement repose sur trois exigences fondamentales :
- La compétence technique
Transmettre des connaissances sérieuses, éprouvées, cohérentes et adaptées aux situations réelles.
- La compétence pédagogique
Savoir enseigner, expliquer, corriger, encourager et accompagner chaque élève selon son âge, ses capacités et sa progression.
- La compétence humaine
Faire preuve d’intégrité, montrer l’exemple et transmettre des valeurs de respect, de responsabilité et de tolérance.
Ces trois dimensions sont indissociables.
Un professeur ne doit pas seulement savoir combattre.
Il doit savoir enseigner et, surtout, comprendre la responsabilité humaine que représente son enseignement.
Un message aux parents, aux professeurs et aux autorités
Aux parents, je demande d’être attentifs aux personnes auxquelles ils confient leurs enfants.
Aux professeurs, je rappelle que nous ne transmettons pas uniquement des techniques, mais également une manière de se comporter dans la société.
Aux autorités, je demande de prendre conscience de l’importance du travail réalisé quotidiennement par les associations sportives sérieuses.
Après plus de trente années d’enseignement, je reste profondément convaincu que les arts martiaux et les sports de combat peuvent être de formidables outils d’éducation, d’intégration et de prévention.
Mais pour cela, ils doivent être enseignés par des personnes compétentes, responsables et conscientes de leur influence.
La valeur d’un professeur ne se mesure pas uniquement à ce qu’il sait faire, mais également à ce qu’il a été capable de transmettre aux générations qu’il a accompagnées.
Et je terminerai par cette réflexion :
Avant de demander à un professeur ce qu’il peut apprendre à votre enfant pour gagner un combat, demandez-vous ce qu’il peut lui transmettre pour réussir sa vie.
Car un enfant n’apprend pas seulement à combattre auprès de son professeur.
Il apprend aussi à devenir quelqu’un.
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Marco Garcia Gonneau
Coordinateur international et Instructeur Chef BRICPOL
Instructeur SOCCC
Président de la franchise World BRICPOL Sport Academy
World BRICPOL Sport Academy – Saxon, Valais, Suisse
www.worldbricpol.ch
